Olga BACHOZ : Bonjour, je m’appelle Olga Bachoz et je suis gérante de la société Triangulaid Golf Center depuis 2007. Cette société est spécialisée dans le golf, un domaine où je suis également professionnelle.
Depuis combien de temps exercez-vous votre activité ?
O.B : J’exerce dans le domaine du golf depuis plusieurs années. En 2007, lors de la création de notre société, j’étais uniquement gérante. Pour donner un peu de contexte, lorsque je suis arrivée en France il y a une trentaine d’années, j’étais entraîneur de l’équipe de France de patinage artistique, après avoir été une ancienne sportive de haut niveau en Union soviétique, notamment en tant que patineuse.
Quel a été votre parcours ?
O.B : Lorsque je suis arrivée en France, c’était grâce à une proposition d’intégration dans le monde du golf. J’ai alors encadré des patineurs français de haut niveau, presque aussi bons que moi à l’époque. J’ai toujours été une sportive et un coach dans l’âme. Cependant, un jour, suite à des restructurations au sein de la fédération, je me suis retrouvée sans emploi. Pendant cette période, j’ai travaillé comme assistante commerciale, où j’ai rencontré mon futur mari, Stéphane Bachoz. C’est grâce à lui que ma vie a pris une nouvelle direction.
Stéphane m’a initiée au golf, un sport que je trouvais très intéressant même si je n’étais pas golfeuse à l’origine. Lui aussi a perdu son emploi et, passionné par le golf, il a décidé de se lancer dans ce domaine en devenant professeur de golf. En 2007, après avoir décidé de vivre ensemble en 2006, nous avons créé notre société.
À cette époque, je ne connaissais pas encore bien le golf, mais quelques années plus tard, j’ai décidé de devenir professionnelle. Commencer à jouer à 43 ans et devenir professionnelle à 53 ans peut sembler étrange, mais c’est ce que j’ai fait. À 51 ans, je suis entrée à l’école fédérale pour obtenir mon diplôme de golf. C’est un parcours atypique, car le golf est généralement considéré comme un sport très complexe. J’ai progressé rapidement et atteint le niveau nécessaire pour obtenir mon diplôme.
Depuis, j’enseigne le golf avec Stéphane dans notre société. Officiellement professionnelle depuis une douzaine d’années, je continue à gérer les aspects administratifs de notre entreprise tout en partageant ma passion pour le golf.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce que vous faites ?
O.B : C’est grâce à l’amour que tout a commencé. Nous voulions toujours être ensemble, et cela fait maintenant 20 ans que nous sommes inséparables. Nous travaillons ensemble et faisons tout ensemble.
Quelles sont les qualités indispensables pour faire ce métier ?
O.B : Il est très important de fixer un objectif clair et de bien définir ce que vous voulez vraiment. Cela signifie rester concentré sur votre idée, être discipliné et organisé. Ces qualités sont essentielles. Il faut aussi s’engager pleinement et éliminer le mot “impossible” de votre vocabulaire.
Que préférez-vous dans votre métier ?
O.B : Voir le bonheur des gens et les rendre heureux est essentiel pour moi. Quand je donne des cours de golf et que je vois les gens partir avec le sourire, je sais que tout va bien. Ce n’est pas tant qu’ils deviennent de bons golfeurs, mais avant tout qu’ils se sentent bien humainement.
D’ailleurs, nous avons développé cette approche au sein de notre société et sur Internet avec le slogan “Devenez heureux avec votre je(u)”, où nous avons écrit “JE(U)” avec “U” entre parenthèses. L’idée est que c’est bien plus important d’être heureux avec soi-même que d’être un bon golfeur. Cela aide aussi à s’améliorer dans d’autres domaines lorsque l’on est en paix avec soi-même.
Quelles sont les difficultés du métier, ou les erreurs à éviter ?
O.B : Le domaine du golf, pour moi, n’est pas ma vie entière. Je suis bien plus expérimentée dans le domaine du patinage. Le golf, pour moi, est un jeu qui me semble naturel, avec des mouvements fluides. Toutefois, ce n’est pas ce que tout le monde dit. Beaucoup trouvent le golf très compliqué et technique. Comme dans tout domaine, atteindre un très haut niveau exige de la technique et des performances.
L’une des erreurs à éviter est de parler de ce que l’on ne connaît pas. Il vaut mieux admettre que l’on ne sait pas quelque chose et vérifier plutôt que de risquer de paraître incompétent. Une autre erreur à éviter est de juger les gens sans les connaître. On a souvent tendance à préjuger. Par exemple, si quelqu’un vient prendre un cours de golf en faisant la tête, on peut penser qu’il sera désagréable. Cependant, en le jugeant ainsi sans le connaître, on pourrait passer à côté de la découverte d’une personne formidable. Il est donc essentiel de ne pas s’arrêter sur les préjugés et de faire attention à ne pas juger sur des suppositions.
Des conseils pour qui souhaiterait se lancer dans la profession ?
O.B : Oui, tout à fait. Pour moi, le but n’est pas de faire de mes élèves des golfeurs professionnels. Ce qui est fascinant, c’est que je vois le golf davantage comme un outil éducatif, une pratique qui aide les gens à mieux vivre. Nous travaillons avec des psychologues et des psychiatres qui recommandent le golf à leurs patients parce que c’est thérapeutique. Le golf aide à trouver le calme et l’équilibre.
Pour moi, c’est un jeu qui devrait être remboursé par la sécurité sociale, tout le monde devrait jouer au golf. Si un professionnel du golf veut simplement gagner sa vie en donnant des cours, je ne le conseille pas. Il ne pourra pas en vivre décemment de cette manière. Par contre, s’il envisage le golf comme un univers à part, comme une expérience enrichissante pour ses élèves, alors là, c’est différent.
Quelles sont les expériences qui vous ont le plus marquées et pourquoi ?
O.B : Une anecdote que j’ai vécue à l’école est assez amusante. Le golf est souvent perçu comme un sport masculin, et il y a très peu de femmes dans ce domaine. Par exemple, quand les gens voient que mon mari et moi travaillons ensemble, ils demandent souvent à prendre des cours avec Stéphane plutôt qu’avec moi. Cela reflète une certaine méfiance envers les compétences des femmes dans ce sport.
À l’école de golf, il y avait si peu de femmes que, sur 21 personnes dans ma classe, j’étais la seule femme. De plus, j’avais plus de 50 ans, entourée de jeunes hommes, tous de bons golfeurs. Pendant les compétitions, notre directeur me traitait souvent avec condescendance, ne sachant pas vraiment pourquoi j’étais là. Sur ma convocation pour les examens, il était toujours écrit “Monsieur Olga Leonovitch”. Malgré mes corrections répétées, il continuait de m’appeler “Monsieur”. Un jour, il a même dit, exaspéré, “Mais qu’est-ce qu’elle me casse les couilles !”. J’ai beaucoup ri de cette situation pendant mes deux ans à l’école, observant avec intérêt le comportement humain et constatant que l’égalité des sexes était loin d’être atteinte.
Quand j’ai décidé de passer mon diplôme de golf, il fallait avoir un niveau de jeu très élevé, ce que je n’avais pas encore atteint. J’ai entendu quelqu’un dire : “Oh là là, elle est complètement folle. Pour qui elle se prend ? Elle a commencé à jouer il y a cinq ans et elle veut devenir professionnelle”. Cette remarque m’a donné la rage de prouver le contraire. Six mois plus tard, j’étais admise à l’école fédérale et j’ai obtenu mon diplôme, prouvant ainsi à tous qu’ils avaient tort. Cela a été une grande source de motivation et une belle revanche pour moi.